Apprendre à se servir d’un smartphone, d’une messagerie ou d’un espace en ligne ne demande pas le même chemin à tout le monde. À Marseille, un coach en inclusion numérique comme Le Lien Numérique Solidaire se déplace par exemple au domicile des seniors et des débutants, avec un tarif solidaire pour les bénéficiaires du RSA, de l’AAH et de l’ASPA. D’autres préfèrent un atelier de quartier, un tutoriel vidéo ou un cours en ligne.
Chez Curieux du Web, nous comparons d’habitude des logiciels. Ici, nous comparons les façons d’apprendre ces outils : ce que chacune coûte, pour qui elle convient, et à quel moment un accompagnement humain devient plus utile qu’une énième vidéo.
Pourquoi tant d’adultes restent à l’écart du numérique
Le mot savant est illectronisme : ne pas savoir utiliser Internet, ou ne pas l’avoir utilisé depuis des mois. Selon l’Insee (Insee Première n° 1953, juin 2023), 15,4 % des personnes de 15 ans ou plus étaient dans ce cas en 2021.
Le chiffre grimpe nettement avec l’âge. L’institut relève 24,2 % d’illectronisme chez les 60-74 ans et 61,9 % chez les 75 ans ou plus. Ce n’est pas une question d’intelligence. C’est souvent une question d’occasion : on n’a jamais eu à s’en servir au travail, puis tout est passé en ligne.
Derrière ces pourcentages, il y a des gestes très concrets qui bloquent : retrouver un mot de passe, joindre une pièce à un e-mail, lire un code reçu par SMS. Un seul obstacle suffit à décourager, surtout quand on a peur de « casser quelque chose ».
Par quels outils commencer quand on débute
Inutile de vouloir tout apprendre d’un coup. Les personnes qui progressent le mieux partent d’un besoin précis, qui compte pour elles : voir les photos des petits-enfants, prendre un rendez-vous médical, consulter un remboursement.
Le premier palier, c’est le smartphone ou la tablette : appeler, envoyer un message, faire un appel vidéo, prendre et partager une photo. Ces usages donnent vite un résultat visible, ce qui motive pour la suite.
Le deuxième palier, c’est la messagerie électronique et les espaces personnels en ligne : assurance maladie, caisse de retraite, impôts, caisse d’allocations familiales. Ce sont souvent les démarches que l’on n’a plus le choix de faire autrement.

Le troisième palier, trop souvent oublié, c’est la sécurité. Reconnaître un faux message de banque ou de livraison fait partie de l’apprentissage, au même titre que la souris. Notre article sur les faux e-mails qui imitent une banque montre à quoi ressemblent ces pièges.
Autoformation, ateliers, cours à domicile : quatre façons d’apprendre
Il n’existe pas une bonne méthode, mais des méthodes qui conviennent à des profils différents. Voici ce que nous retenons de chacune.
L’autoformation passe par les tutoriels vidéo, les guides en ligne et les cours ouverts à tous, les MOOC. C’est gratuit et disponible à toute heure. Mais il faut déjà savoir chercher, lancer une vidéo et mettre en pause : c’est une solution pour progresser, rarement pour démarrer de zéro.
Les ateliers collectifs se tiennent en médiathèque, en mairie, en centre social ou dans une maison France services. Le dispositif Conseiller numérique, lancé en 2021 par l’État, a déployé plusieurs milliers de médiateurs professionnels. Son site officiel fait état de 4,5 millions d’accompagnements déjà réalisés, en rendez-vous individuel ou en atelier collectif. En 2026, le dispositif se transforme en un label porté par les structures qui accueillent ces médiateurs.

Le Pass numérique, tel que l’Agence nationale de la cohésion des territoires l’a présenté en 2020, prend la forme d’un carnet de cinq ou dix chèques d’une valeur de 10 euros chacun. Remis aux personnes éloignées du numérique, il fonctionne un peu comme un carnet de titres-restaurant et permet de suivre gratuitement une formation près de chez soi. Cette description date de 2020 : avant d’y compter, demandez à votre mairie ou à la maison France services la plus proche si des chèques sont encore remis près de chez vous.
Les cours particuliers à domicile sont la formule la plus personnalisée. Le formateur vient avec sa patience, travaille sur votre propre appareil et avance à votre rythme. C’est souvent la meilleure porte d’entrée pour une personne qui n’ose pas pousser la porte d’un atelier, qui se déplace difficilement ou qui a besoin qu’on lui répète les choses.
Rien n’empêche de combiner ces formules. Beaucoup de personnes commencent par quelques séances individuelles pour prendre confiance, puis rejoignent un atelier ou suivent des tutoriels quand les bases sont acquises.
Combien coûte un accompagnement numérique
Les formations réglées avec des chèques Pass numérique ne coûtent rien à la personne qui les reçoit. Pour les ateliers des conseillers numériques, demandez le tarif au moment de l’inscription : le site officiel du dispositif ne l’indique pas. Ce sont les deux premières pistes à explorer quand le budget est serré : la mairie, le centre communal d’action sociale ou la maison France services la plus proche savent orienter.
Les cours à domicile sont payants, mais ils relèvent des services à la personne. Quand le prestataire est déclaré à ce titre, une partie importante de la dépense revient au foyer sous forme de crédit d’impôt.
Concrètement, une heure facturée 30 € revient à 15 € après crédit d’impôt. Certains intervenants vont plus loin avec une grille sociale. C’est le cas du coach marseillais cité plus haut, qui affiche sur son site, au 25 septembre 2026, un tarif solidaire de 15 € de l’heure pour les bénéficiaires du RSA, de l’AAH et de l’ASPA, soit 7,50 € après crédit d’impôt.
Le crédit d’impôt profite aussi aux foyers non imposables, puisqu’il est remboursé. Pensez simplement à conserver les factures et l’attestation annuelle que le prestataire doit vous remettre.
Comment choisir le bon accompagnement
Le premier critère est humain : la patience. Une bonne séance ne se juge pas au nombre de notions vues, mais à ce que la personne sait refaire seule une fois le formateur parti. Méfiez-vous de ceux qui vont trop vite ou font les manipulations à votre place.
Le deuxième critère est pratique. Demandez si une première rencontre gratuite est possible, si l’intervenant peut prêter du matériel pendant les séances et s’il laisse des fiches récapitulatives. Ces points, proposés par exemple par le coach marseillais cité plus haut, évitent d’acheter un appareil avant de savoir ce dont on a besoin.
Le troisième critère est la confiance. Un accompagnant sérieux ne vous demande jamais de lui communiquer vos mots de passe ni vos codes bancaires, et ne vous pousse pas à acheter un équipement. Il vous apprend au contraire à les garder pour vous.
Enfin, pensez à la régularité. Quelques séances rapprochées valent mieux qu’une longue séance isolée : entre deux rendez-vous, on pratique, on note ses questions, et l’on revient avec des blocages précis à lever.
Ces conseils valent aussi dans le monde professionnel. Dans une TPE, un dirigeant ou un salarié proche de la retraite peut se sentir dépassé par un nouvel outil. Un accompagnement individuel et patient réussit souvent là où une formation collective accélérée a échoué.
Questions fréquentes
Le bon point de départ
Apprendre le numérique à 70 ou 80 ans n’a rien d’exceptionnel. Le bon point de départ n’est ni l’appareil le plus récent ni la méthode la plus complète, mais celle qui vous donne envie de revenir à la séance suivante.
Partez d’un besoin concret, choisissez la formule qui correspond à votre façon d’apprendre, et vérifiez les aides disponibles avant de payer une séance.




